[Humeur] Girls power

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique « lifestyle » du blog j’ai envie de vous raconter une petite histoire qui s’est passée le week-end dernier…

 

Samedi c’était soirée filles avec Virginie et deux copines, Justine et Linda. Dîner dans un bar à vin, puis direction le centre ville pour aller danser.

La soirée se déroulait parfaitement quand soudain, un gros porc homme a pris la décision d’empoigner les fesses de notre amie Justine. De manière franche, obscène et dégradante. Nous nous indignons, réclamons des explications et des excuses mais nous nous trouvons face à deux hommes complètement hilares. Le ton monte, Justine ne se laisse pas démonter et j’interviens pour équilibrer les camps. L’un des deux hommes commencent à se montrer agressif, il ne supporte pas se faire rentrer dedans par deux « connasses » mais on ne se laisse pas faire. Et ce genre d’énergumène n’ayant peur de rien, il ose lancer un « ça va, y’a plus grave dans la vie qu’une main au cul » (tant qu’on y est) et nous met au défi de « faire quelque chose ».

Il n’a pas besoin de le répéter, après une volée d’insultes nous allons de ce pas prévenir la sécurité de l’établissement qui les met immédiatement dehors.

Des copines géniales, une soirée épique !

Au moment de la fermeture, nous recroisons celui qui s’était montré le plus vindicatif. Vexé de s’être fait virer par une bande de nanas, il continue à se comporter comme le plus simple des misogynes: refus se s’excuser, attitude provocante, déplacée et moqueuse, mime le geste d’un doigt qui s’insère dans l’anus, caresse la joue de Linda qui lui colle une baffe, et enfin, pompon sur la pomponette: profère des insultes racistes.

Passons sur le fait que les videurs ne « peuvent plus rien faire parce que le club ferme » et nous demande « d’aller plus loin, pour ne pas faire de bruit devant l’entrée ». Ni qu’auparavant ils nous avaient assuré que les deux hommes ne pourraient plus remettre les pieds ici. C’est beau de se sentir soutenue pour déchanter moins d’une heure plus tard…

Ce n’est pas la première fois que nous sommes victimes ou témoins de ce genre de choses, mais cette fois ci c’est la fois de trop ! Nous empêchons l’homme de partir et Linda appelle la police. Il est interpellé et les policiers nous invitent à nous rendre au commissariat central le lendemain matin pour porter plainte.

 

« Il y a plus grave dans la vie qu’une main au cul. »

Oui, effectivement. Il y a des gens qui décèdent des suites de graves maladies, des femmes qui se font battre, des enfants qui meurent sous les bombes à Alep.

Néanmoins, à quel moment cela justifie t-il d’insulter et de porter atteinte à l’intimité d’une personne ? Dans quel monde est-ce légitime de considérer les femmes comme un bout de viande ? Quelle culture peut laisser croire que le corps des femmes est en libre service ?

La réponse est simple: la culture du viol.

Cette culture si profondément enracinée dans notre société patriarcale qu’elle justifie des actes d’agression sexuelle, qu’elle minimise et excuse l’inacceptable. Celle qui laisse croire aux femmes que c’est de leur faute parce qu’elles dansaient de manière trop décomplexée, parce que leur jupe était trop courte, le décolleté trop plongeant, les lèvres trop rouges, le regard trop soutenu, le sourire trop déployé. Et que le pauvre homme, victime de son ivresse et de ses pulsions n’a pas eu d’autres alternatives que de réagir comme le plus vil animal.

Et c’est quoi cette nouvelle tendance du racisme décomplexé ? « Oui j’aime pas les bougnoules et je vote FN, et alors ? »

Et alors ? Les propos racistes et homophobes sont illégaux. Ce n’est et ça ne sera jamais une manière banale de s’exprimer.

A l’heure des réseaux sociaux ou chacun y va de ses réflexions nauséabondes tout en étant bien caché derrière son ordinateur, il semblerait que les gens aient perdu les notions de responsabilité et de respect.

Cette fois, trop c’est trop. Toutes les quatre nous sommes mères, toutes les quatre nous avons des filles et nous espérons bien que, le jour où elles voudront aller danser jusqu’au bout de la nuit elles le feront en toute sécurité. Sans se préoccuper de mettre en place des techniques pour se sortir de situations délicates, sans avoir peur de se faire insulter et dégrader, sans devoir subir les assauts d’hommes qui ne comprennent pas que « non c’est non », qu’elles choisiront leur tenue sans se demander si elle est « dangereuse ».

Marre de se faire tripoter, de se faire insulter. Oui, y’a pas mort d’homme, mais oui c’est grave !

Alors pour nous, pour elles et un peu pour toutes les femmes, nous nous sommes levées après une nuit bien trop courte pour aller porter plainte et déposer nos témoignages.

« Un(e) féministe c’est quiconque qui reconnait l’égalité et l’humanité entière des femmes et des hommes. Grâce à elles, nous sommes capables… »

De l’importance de ne pas se taire.

Ce genre de comportement ne devrait plus rester sans réponse.

Je sais bien qu’il arrive de tomber sur des représentants de l’ordre aussi misogynes que ses agresseurs. Qu’on trouve pléthore de témoignages de femmes qu’on a poussé à ne pas porter plainte, qui ont été moquées, mises en doute… Aller porter plainte c’est déjà fatiguant en soit, alors si en plus on tombe sur des personnes de mauvais esprits qui ne nous prennent pas au sérieux, qui minimisent les choses, c’est carrément décourageant.

Mais aujourd’hui je jette une bouée de sauvetage pleine d’espoir: nous avons été écoutées et entendues. Justine et Linda ont pu porter plainte pour agression sexuelle et injures à caractère racial auprès de brigadiers bienveillants qui ont compris toute l’importance de leur démarche et qui déplorent sincèrement que les victimes n’aillent pas plus souvent au bout de leur plainte.

L’individu a été en cellule de dégrisement jusqu’en milieu d’après-midi avant d’être entendu dans le cadre de sa garde à vu. Il sera auditionné dans 7 mois par un magistrat et écopera au minimum d’une amende.

Dimanche dernier, malgré une fin de soirée dont on se serait passée, nous avons eu le sentiment d’avoir fait quelque chose de juste. Quelque chose de nécessaire.

Simone de Beauvoir

Ensemble on est plus fortes.

Soutenons nous.

Les paroles ne suffisent plus, les actes comptent. Alors en attendant d’élever une nouvelle génération d’hommes féministes, ne vous laissez plus faire ! Croyez en vous, en votre droit inaliénable à vous faire respecter. Vous êtes des femmes, par essence vous êtes fortes, n’en doutez pas, faites entendre votre voix.

Je suis super fière d’avoir des amies comme ces 3 filles. Des femmes fortes qui portent leurs valeurs et leurs convictions jusqu’au bout. Elles n’ont rien lâché et c’est un bel exemple à suivre, quitte à passer tous ses dimanches matins post-bringue au commissariat !

Bravo les filles, vous avez assuré !

8 thoughts on “[Humeur] Girls power

  1. C’est bien ce que vous avez fait toutes les quatre, j’ajouterai que c’est quasiment un devoir civique, comme le vote ou les impôts, compte tenu de cette culture du viol dont vous parlez et dont d’autres femmes parlent. Chacune peut prendre exemple sur vous et se défendre en dénonçant, yes we can !

  2. Chronique de la discrimination ordinaire et c’est buiença le problème! Quelle chance d’avoir été entendues et d’avoir pu porter plainte au lieu d’une main courante ! En espérant que cela aille au bout car moi, la dernière fois, elle a été classée sans suite…

  3. Merci pour cet article et bravo à toi et tes cops de ne pas vous être laissées démonter face à des pauvres types comme eux. C’était courageux et c’est bien d’en parler car parfois, seule, c’est moins facile de tenir tête, de remettre à sa place un individu aux gestes déplacés!
    Alors encore BRAVO, MERCI, et CONTINUONS toutes sur cette voie!

  4. Je suis épatée, par ma stupidité. Il est évident que j’approuve le fait de ne jamais laisser passer une main au cul, je suis parisienne depuis 14 ans, il m’a suffit de prendre le métro pour que ça m’arrive. Je réagis à chaque fois car oui, une main au cul est grave si on laisse faire et on ne montre pas l’exemple.
    Mais « se battre » et « maintenir » le droit des femmes, c’est aussi allez voir la police et valider son action en portant plainte ! Pourquoi je ne l’ai jamais fait… Parce que je me suis toujours bêtement dit que la police a autre chose à faire. Hors, si je porte plainte, le type en question y réfléchira à deux fois avant de toucher le cul d’une autre, les policiers (homme/femme) prendront mieux la mesure de l’ampleur si on porte toutes plainte et cela combat le glissement actuel vers une culture du viol qui se déploie de plus en plus en France ces dernières années (j’ai 36 ans).
    Merci pour ton article très bien écrit et qui me met une petite claque ce matin !

    1. Je comprends très bien ce que tu ressens… Malheureusement cette culture du viol est si enracinée que nous sommes les premières à se dire qu’on ne va pas porter plainte « juste » pour une main au cul ! On minimise parce qu’il y a plus grave.
      On voit bien que les femmes battues/violées sont tellement peu entendues. Alors à côté se faire tripoter ça nous semble presque ridicule, pas important… Et puis ça arrive tellement souvent dans une vie que c’est presque banale… Seulement on ne peut pas espérer que les femmes ne soient plus violenter si on est pas ferme sur les premières limites à ne pas franchir.
      Et puis la majeur partie du temps on est seule il faut bien l’avouer. Dans le métro, dans la rue… Même en boîte, la plupart du temps les mecs vont se lancer quand ils repèrent une proie isolée. Ce moment où tu vas au WC par exemple, ou que tu vas commander à boire pour tout le monde (et après les cochons ils se moquent parce qu’une femme ça emmène ses copines aux toilettes…). Ca montre bien à quel point ils sont courageux d’ailleurs et que dans le fond ils savent que ça ne se fait pas… Mais qu’ils agissent quand même en toute impunité.
      Seule c’est vachement plus dur de taper du poing sur la table! Là on a eu la « chance » que ça nous tombe dessus et qu’on réagisse ensemble, toutes de la même manière. On espère que maintenant ça nous a donné la force d’agir comme 10 femmes même si on est seule la prochaine fois.

      Un bisou pour finir la journée, c’est mieux qu’une claque pour la commencer 😉

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